Chapter Text
“- Bienvenue à Arkadia, Heda. Clarke, Mlle Paxton, bon retour parmi nous. J’espère que votre voyage s’est bien passé.
- Merci, Markus. Je vous prie de nous excuser pour ce retard. Et merci d’avoir accepté de reporter la réunion de quelques jours.
- Aucun problème. Et ne vous inquiétez pas pour ce retard, nous ne sommes pas trop regardants sur la ponctualité. Les membres du Conseil viennent tout juste de s’installer dans la salle de réunion.”
Alors que les civilités entre le Commandant et le Chancelier s’éternisaient, Doc rejoignit le petit groupe aux portes d’Arkadia et serra sa fille dans ses bras comme si elle ne l’avait pas vue depuis trois mois. Jules se mordit la lèvre pour ne pas faire remarquer qu’elle avait voyagé à Polis pas plus tard que la semaine dernière pour la mise en place de la faculté de médecine de la capitale, et se contenta de serrer la main chaleureuse que le docteur lui tendait. Une fois sa fille libérée d’une nouvelle étreinte parentale, Doc salua poliment Lexa, ne sachant pas sur quel pied danser. Pour éviter toute gêne supplémentaire, Clarke attira à nouveau l’attention de sa mère.
“- Je peux te parler avant la réunion ?
- Mais on est déjà en retard…” gronda Doc.
‘Nous ne sommes pas très regardants sur la ponctualité’ qu’il a dit. Mon cul.
“- Ça ne prendra pas longtemps, insista Clarke.
- Prenez tout le temps qu’il vous faut, la rassura le Chancelier, toujours soucieux d’apaiser les tensions. En attendant, je vais conduire Heda à la salle de réunion. Tu es la bienvenue si tu souhaites te joindre à nous, Mlle Paxton.
- Jules, ça ira.”
Mais pourquoi Giratina tenaient-ils tous tant à ne jamais l’appeler par son prénom ? ‘Mlle Paxton’, c’était encore pire que ‘Mlle Bouffon’ ; au moins, ‘Bouffon’ était un titre dont elle était fière. Il acquiesça et les conduisit vers les ruines de la station. Elle jeta un rapide coup d’œil au campement : il avait l’air en meilleur état que la dernière fois. Enfin, pas vraiment, c'était toujours le bordel, même si c'était peut-être un tout petit peu mieux organisé, mais les gens avaient l'air en meilleure forme. Bon, ce n'était pas vrai non plus, ils avaient l'air un peu tristounet, mais ils n’étaient pas à l’article de la mort.
“- Je renouvelle mes excuses pour notre retard.”
Jules attrapa Lexa par la manche et la força à ralentir jusqu’à ce qu’elles soient hors de portée d’oreille.
“- Pourquoi tu n’arrêtes pas de t’excuser ? murmura-t-elle. C’est pas un peu le b.a.-ba du jeu de pouvoir que d’arriver en retard juste parce que tu peux ?
- C’est une excuse pour être irrespectueux et malpoli. Et je n’ai pas besoin de… jouer à un jeu de pouvoir avec des alliés.
- Ça ne fait pas de mal de rappeler à tout le monde qui est le boss ici.
- Je ne m’excuserais pas si j’avais été retenue par des affaires sérieuses nécessitant mon attention immédiate, mais je suis en retard parce que mon bouffon a mis une éternité à monter dans la calèche. Et j’ai dû reporter la réunion parce que mon bouffon a réussi à se faire kidnapper. Des excuses en bonne et due forme sont le moins que je puisse faire.
- Hé, je n’ai pas demandé à être kidnappée, si quelqu’un est à blâmer, ce sont ces stupides gardes d’Arkadia !”
Ses derniers mots résonnèrent contre les murs métalliques du couloir, lui valant quelques regards. Si le Chancelier l’avait entendue, il eut la politesse de faire comme si de rien n’était.
“- Tu as raison, leur recours excessif et spontané à la violence va être discuté. Mais s’il te plait, ne laisse pas ton mépris pour le peuple du ciel obscurcir ton jugement.
- Je n’ai aucun mépris pour le peuple du ciel !” s’étrangla Jules en chuchotant, ce qui fit craquer sa voix.
Elle avait du mépris pour le peuple du ciel.
“- Tiendrais-tu le même discours si nous rendions visite à n’importe quel autre clan ?
- ... D’accord, je me tiendrai à carreau.
- Merci.
- Nous y sommes, si vous voulez bien entrer”, les invita le Chancelier.
La salle de réunion ressemblait à n’importe quelle autre pièce de l’Arche. Froide, grise, trop lumineuse. Une quinzaine de chaises étaient disposées autour d’une table ronde. Une douzaine de personnes que Jules supposait être les membres du Conseil se levèrent pour les accueillir. Elle reconnut bien sûr Harper, Saint Clair, le chef de la section mécanique, Miller quelque-chose, le chef des forces armées, une grande femme aux yeux bruns et aux cheveux noirs dont Jules ignorait le nom mais qui venait de la station Agro et -
Toc toc.
Elle devait partir d’ici. Tout de suite. Son pied droit se figea, son pied gauche fit demi-tour ; elle serait tombée si Lexa ne l’avait pas saisie par le bras.
“- S'il te plaît, je peux l'affronter aujourd'hui.”
La supplique s'échappa à peine de la gorge nouée de Jules.
“- Lexa, laissez-moi vous présenter -
- J'ai une requête, interrompit Lexa. Quelqu'un d'autre peut-il prendre sa place ?”
Son regard oscillait entre le Commandant et l'homme à peine visible dans l'ombre, au fond de la salle. Pris de court, Kane perdit sa verve.
“- Lex, ça va, je vais attendre -
- Quelqu’un d’autre peut-il occuper son siège ? répéta Lexa, s’impatientant.
- Commandant.”
Le Chancelier retrouva sa contenance.
“- Laissez-moi vous présenter le responsable du département de préservation culturelle, Kifrin Paxt-
- Je sais de qui il s’agit. S’il vous plaît, pouvez-vous accéder à ma requête ?”
Ce n’était pas une question, mais un ordre déguisé dont la politesse apparente ne trompait personne. L’indignation n'était pas difficile à déchiffrer sur les visages stupéfaits des membres du Conseil. Des murmures outragés transperçaient les tympans de Jules. Un regard sévère de Lexa les fit tous taire. Voilà à quoi ressemblait un jeu de pouvoir.
“- Hum, eh bien, Kifrin est également ici en tant que représentant de la station Orchidée, donc -
- Je crains de devoir insister.”
Son ton assertif ne laissait aucune place à la négociation.
“- C’est bon, Chancelier, Kifrin prit enfin la parole, par respect pour le souhait de sa fille - ou par crainte de Lexa. Anita Flood m'assiste depuis l'atterrissage, j'ai entièrement confiance en elle. Elle peut me remplacer, si cela vous convient, Commandant.”
Lexa acquiesça.
“- Je vais l’avertir tout de suite.
- Je vous remercie.”
Il sortit en courant de la pièce, sans jeter un regard à Jules. Dès qu’il eut disparu de son champ de vision, le reflet se rendormit.
“- Merci. Tu n’étais pas obligée de faire ça.
- Je préfère ta compagnie à la sienne.”
L’arrivée des Griffin interrompit leur conversation. Clarke lança à Jules un regard inquiet, elles avaient forcément croisé son père. Ses lèvres s’étirèrent en un sourire rassurant. Doc s’approcha d’elle, Jules aurait juré avoir vu des larmes perler au coin de ses yeux.
“- Je suis désolée, je ne savais pas que tu assistais à la réunion, sinon je t’aurais prévenue.” Elle murmura ces mots pour qu’elle seule les entende tandis qu’elle se dirigeait vers son siège. Cela attira l’attention de Jules sur le nombre de sièges vacants. Quelqu’un allait devoir rester debout, et comme elle n’avait aucune raison particulière d’être là, Jules présuma que ce serait elle. Alors qu’elle se dirigeait vers le coin de la pièce avec l’espoir que s’adosser au mur soulagerait la pression sur ses pieds, Lexa sortit demander à ses gardes - qui assuraient la sécurité de leur boss depuis une distance raisonnable - de trouver une chaise supplémentaire. Par courtoisie, le Commandant offrit son propre siège à son bouffon. Par gratitude, Jules ne l’accepta pas. Par respect pour le décorum plus que pour la hiérarchie, toute l’assemblée resta debout. Le soldat revint enfin, mettant fin à cette agonie collective, et installa un siège autour de la table, obligeant tout le monde à se serrer, faute de place.
“- Il faudrait trouver une table plus grande, se plaignit Miller senior.
- Pour la mettre où ? C’est la plus grande salle dont nous disposons, rétorqua la femme de la station Agro.
- Dans l’atelier ?, suggéra un vieil homme qui ressemblait au Douzième Docteur.
- Impossible, s’opposa Saint Clair. Nous avons besoin d’espace pour les machines.
- La solution la plus sensée serait de réquisitionner une partie de la cantine.
- Peut-être pourrions-nous garder tout cela dans un coin de notre tête et en discuter plus tard.”
La suggestion diplomate de Kane fut ignorée par tout le monde. Au moins, les ambassadeurs n’étaient pas les seuls à ressembler à une bande de clowns pendant les réunions.
“- Ne vous inquiétez pas, Chancelier. On n’est pas dépaysées.”
Habituée à ces absurdités qui pouvaient durer une demi-heure dans les bons jours, Clarke dessinait dans son carnet de croquis et Lexa apportait des corrections de dernière minute à ses notes. Jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, Jules esquissa un sourire. C’était drôle de voir à quel point les notes de Lexa sur les ‘réunions politiques’ ressemblaient à un tableau de statistiques Pokémon. Le bouffon s’installa dans une position plus confortable et laissa son esprit vagabonder.
D'une poigne solide, Lexa releva la tête de Jules avant qu'elle ne vienne s'écraser contre la table.
“- Qu'est-ce que j'ai raté ?
- Bon, maintenant que nous sommes tous d'accord pour abattre le mur du fond et faire construire une table plus grande, on pourrait peut-être commencer.
- Rien de transcendant, répondit Clarke à sa droite.
- Avant de passer au premier sujet, je crois qu’on ne s’est pas encore présentés convenablement. Je m’appelle Marcus Kane, les habitants d’Arkadia m’ont fait l’honneur de me faire confiance et de m’élire chancelier. Abby ?
- Abigail Griffin, responsable du service médical.
- Je m’appelle Harper McIntyre, je représente les 100.
- Jacapo Sinclair, je suis l’ingénieur en chef.
- Je m’appelle Kara Cooper, j’habitais auparavant dans la Station Agricole. C’est moi qui ai demandé cette réunion, avec M. Prawley. La question des terres cultivables est -
- Harisson Prawley, j’enseigne la chasse et la pêche et je supervise les réserves alimentaires.
- Anita Flood.”
Jules n’osa pas la regarder.
“- J’assiste Kifrin Paxton dans la préservation culturelle, et je représente également la Station Orchidée située dans les montagnes.
- Sergent David Miller, chef de la garde d’Arkadia.
- Je m’appelle Willa Beckers, je suis chargée de l’organisation du camp, de l’attribution des logements et de la construction de nouveaux bâtiments.
- Eric Jackson, je suis l'assistant du docteur Griffin depuis de nombreuses années, et j'ai récemment réuni des thérapeutes et d'autres professionnels pour mettre en place un système de prise en charge des soins mentaux.
- Bonjour, je m'appelle Max Danvers, j'ai été élu par mes collègues enseignants pour les représenter et veiller à ce que nos jeunes aient accès à une éducation adéquate.
- Et moi, je suis Dereck, le fils de Max. Je suis météorologue et géologue.
- Je suis Clarke Griffin, l’ambassadrice des Skaikru à Polis.
- Jules, je suis le bouffon et je n’ai aucune idée de ce que je fais ici.”
Sa présentation fit sourciller quelques personnes. Tous les regards se tournèrent vers Lexa, qui n’avait pas encore dit un mot car elle n’avait pas l’habitude de devoir se présenter.
“- Désolée. Je suis Lexa kom Trikru, successeure de Draynok kom Ousekejon Kru, fondatrice de la Coalition unissant les treize clans, héritière de -
- Relax, pas besoin de faire tout le CV, on sait tous qui tu es.”
Quelle perte de temps - toutes ces conneries de politesse et de conventions sociales… Ils seraient déjà à la moitié de la réunion s’ils avaient sauté les présentations !
“- Peut-on commencer ? Lexa, je crois que vous vouliez prendre la parole en premier.
- Oui, avant d’entrer dans le vif du sujet, je voulais discuter avec le Conseil du cas de Belomi Bleik. Comme vous l’avez sûrement remarqué, il a disparu depuis deux jours et -
- Vraiment ?
- Je n’avais pas remarqué…
- Où est-il censé travailler ?
- Je croyais qu’on devait parler des terres cultivables.
- Qui est Bellamy ?”
Il n’y avait pas lieu de s’inquiéter finalement… Le Chancelier tenta de rattraper la situation et déclara qu'il avait été informé.
“- Je suis conscient que la situation de Bellamy, compte tenu de son implication dans de tragiques éléments du passé, est une question qu’il ne faut pas traiter à la légère. D’après ma récente conversation avec Clarke, j’ai cru comprendre que des villageois Trikru avaient proposé de l’accueillir pour une durée indéterminée, malgré l’ordre lui interdisant de quitter Arkadia. Est-ce exact ?
- C'est exact. Après avoir recueilli divers témoignages et avoir personnellement constaté son désir de rédemption et d'intégration au sein du village, je donne mon accord de principe. Si le Conseil l'approuve également, sa demande sera acceptée, sous réserve d'une bonne conduite.
- Je ne vois aucune objection à cela. Qui est pour ? »
Comme les seules personnes qui se souciaient du sort de Bellamy en avaient déjà discuté, tout le monde leva la main, dans l'espoir de passer rapidement à autre chose.
“- Parfait, il sera informé de la décision, conclut le Chancelier. Pouvons-nous passer au sujet suivant ?
- Les terres cultivables -
- Oui, Kara, les terres cultivables.
- D’après nos prévisions, les -
- J’ai reçu votre rapport, et la question a été discutée avec les ambassadeurs des clans concernés.”
Cooper, sur le point d’égorger l’adolescente qui osait l’interrompre une fois de plus, dut être physiquement retenue sur sa chaise par ses voisins.
“- La situation précaire de l’agriculture d’Arkadia a été reconnue, reprit Clarke, sans savoir que sa vie était actuellement en danger. Cependant, aucun clan voisin n’est disposé à nous céder des terres pour que nous puissions cultiver nos récoltes.”
Des cris d'indignation s'élevèrent tout autour de la table.
“- Nos réserves suffiront à peine à nous faire passer l'hiver, et nos récoltes actuelles ne suffiront même pas à nourrir un tiers de la population !”
Deux personnes n'avaient pas suffi à maintenir Cooper sur sa chaise.
“- Je sais, c’est pourquoi -
- Nous mourrons de faim dans moins de deux ans !
- Je vous ai entendus, et -
- Nous avons besoin de plus d’espace !
- Ça suffit ! ordonna le Commandant. Votre demande a été entendue et rejetée. Des villages Trikru entourent Arkadia, je ne forcerai personne de mon peuple à se relocaliser.
- Ne sommes-nous pas censés être votre peuple aussi, ou tout cela n’est-il rien d’autre qu’une mascarade ?
- Hé, vous allez la boucler une minute pour qu’on puisse en placer une, ou on se tire tout de suite et on vous laisse vous disputer deux patates et trois carottes ?”
Autant pour se tenir à carreau… Mais Kara Cooper était une personne très… déplaisante.
“- Comment oses-tu me parler ainsi ? Ta présence ici n’est même pas souhaitée !
- Si, par moi. Vos plaintes, en revanche, ne le sont pas, la fit taire Lexa d’un ton sec.
- Kara, s’il te plaît, écoutons Clarke jusqu’au bout avant de tirer des conclusions hâtives, demanda Kane.
- Merci. Bien que rejetée, notre demande a été entendue et comprise, c’est pourquoi les autres clans proposent un accord.”
Clarke posa un dossier de plusieurs pages au centre de la table.
“- Qu’est-ce que c’est ? cracha Cooper.
- Une liste exhaustive de tout ce que les autres clans sont prêts à échanger.
- À échanger contre quoi ?
- N’hésitez pas à y jeter un œil.”
Les membres du Conseil se distribuèrent les documents pour les lire attentivement. Tous sauf une, bien sûr.
“- Donc, au lieu d’être autonomes, nous serons sous la coupe des Natifs. Ce n’est pas un accord, c’est une prise d’otages !
- Ou une négociation… soupira Clarke, l’agressivité de Cooper commençait à lui taper sur le système, à elle aussi. Skaikru ne sera pas le seul clan à tirer profit du système commercial.
- Mais le seul à en dépendre.”
Pour être honnête, les arguments de Cooper n’étaient pas dénués de sens, mais elle les exposait avec une telle agressivité que toute discussion semblait inutile.
“- Même si Trikru nous accordait davantage de terres, une mauvaise saison pourrait tout de même ruiner les récoltes et plonger Arkadia dans la famine.
- Sans compter qu’Orchidée est entourée de montagnes, nous tirerions grandement profit du commerce avec d’autres clans, fit remarquer Mme Flood à juste titre.
- Honnêtement, ces échanges semblent plus qu’équitables, dit Saint Clair. Écoutez, ce clan nous offre suffisamment de vêtements pour passer l’hiver. Tout ce que nous aurions à faire, c’est fournir de l’électricité au village principal. La plupart des panneaux solaires de l’Arche ne sont plus utilisés, je peux constituer une équipe capable de les installer en moins d’une semaine.”
Cooper ouvrit la bouche pour protester, mais Lexa ne lui en laissa pas l’occasion.
“- Ce n’est un secret pour personne que les autres clans tireraient profit de la technologie Skaikru, en particulier dans le domaine de la médecine. Je sais de source sûre que la plupart des chefs de clan échangeraient une année de production contre l’enseignement d’un guérisseur Skaikru. J’ai également lu votre rapport en détail : vous avez autant besoin de la Coalition que la Coalition a besoin de vous.
- En cas de guerre -
- Ce qui n’arrivera pas, puisque vous appartenez à la Coalition.”
Lexa sourit, mais ses paroles étaient aussi puissantes qu’un coup de pied dans la poitrine vous projetant hors du balcon. Ce n’était pas une menace, mais un rappel de ce à quoi les Skaikru avaient consenti. Cooper se tut et s’assit sur son siège pour enfin jeter un œil aux documents.
“- Aussi tentantes que puissent être ces offres -, dit Doc d’un ton plus mesuré. - les inquiétudes de Kara ne doivent pas être minimisées. Aucun d’entre nous ne cherche le conflit, et je ne doute pas que les autres clans respecteront leur part de tout accord que nous conclurions. Mais nous devons veiller sur notre peuple et envisager tous les scénarios possibles. Que se passera-t-il si les clans ne sont plus en mesure de respecter leur part du contrat ?
- Je suis d’accord avec le Dr Griffin, des conditions météorologiques extrêmes pourraient diminuer les récoltes de tout le monde, fit remarquer Dereck en désignant la feuille qu’il lisait. Le document précise même que les accords commerciaux seront honorés ‘dans la mesure du possible’. Je suppose que cela signifie qu’aucun chef de clan ne laissera son peuple mourir de faim en cas de mauvaise récolte, et qu’Arkadia ne recevrait alors aucune nourriture.
- Cette clause s’applique également aux Skaikru. Mais je comprends votre point de vue, les autres clans ne dépendent pas de vous pour leur survie, concéda Lexa.
- Sans parler du message que cela enverrait, reprit Doc. L'autosuffisance n'est pas un caprice, notre peuple doit être autonome. Il ne s'agit pas de notre confiance envers les Natifs, mais de nous prouver à nous-mêmes que nous avons notre place ici.
- Abby a raison, reprit le Chancelière. Ces offres sont généreuses, mais je crains qu’elles ne soient perçues comme condescendantes par nos citoyens. Notre peuple pourrait croire que vous nous faites l’aumône et s’en offusquer.
- Je suis sûre que la fierté est quelque chose que tu - vous comprenez.”
Même si le Commandant parvenait à garder son sang-froid, Jules remarqua un léger tressaillement dans le regard de Lexa. La pique d’Abby l’avait atteinte, et le regard lourd et insistant du docteur prouvait que cette remarque n’était ni maladroite ni innocente. Son attitude envers sa future belle-fille était pour le moins ambiguë, si elle ne se montrait pas ouvertement hostile envers Lexa, elle ne lui réservait pas non plus un accueil chaleureux au sein de la famille.
“- Maman, ce n’est pas ce dont il est question.” Clarke reprit la parole d’un ton ferme, en partie pour apaiser la tension, mais surtout parce qu’elle était en train de parler et qu’on n’arrêtait pas de l’interrompre. Aucun de ces traités n’interdit à Arkadia d’exploiter ses terres cultivables. D’après le rapport de Kara -
- C’est Mme Cooper pour toi, gamine.”
Si on leur avait proposé un verre, Jules aurait veillé à empoisonner le sien…
“- Vous ne verrez aucun inconvénient à m’appeler Ambassadrice Griffin alors.”
Jules, ainsi que Harper et Miller Senior, laissèrent échapper un rire. Même Lexa dut cacher son sourire sous une fausse quinte de toux.
“- D’après le rapport de Mme Cooper, Arkadia dispose de suffisamment de terres pour constituer des réserves d’urgence si nécessaire. Quant à Orchidée, j’ai cru comprendre que vous aviez déjà conclu des accords informels avec Boudalan, n’est-ce pas ?”
Anita Flood acquiesça et ajouta que les survivants de la station avaient accès à suffisamment de ressources pour subvenir à leurs besoins, grâce à la chasse et à la pêche entre autres. L'espace de vie, en revanche, constituait la principale préoccupation. Coincés dans les montagnes, il était difficile de s'installer confortablement.
“- Il va sans dire que tous les survivants de la station Orchid sont les bienvenus à Arkadia. Mais l'espace posera également problème dans un avenir proche, n'est-ce pas, Willa ?
- Oui, avec l’abrogation de la politique de l’enfant unique, il n’y a aucune raison de croire que la population d’Arkadia ne continuera pas à croître. De plus, vivre dans des tentes et dans les décombres de l’Arche n’est pas une solution viable à long terme, surtout en hiver. Nous avons besoin de plus d’infrastructures et donc de plus d’espace pour construire.
- Vous êtes libres d’aller en chercher.”
Tous les regards se tournèrent vers Lexa.
“- Je ne céderai à aucun clan des terres appartenant à un autre, mais si votre peuple trouve des terres dont personne n’a revendiqué la propriété, vous êtes libres de vous y installer et serez soumis aux mêmes droits et obligations que le reste de la Coalition. Je veillerai personnellement à ce que les meilleurs cartographes vous fournissent des cartes indiquant l’état actuel des frontières.”
Ce qui était une façon diplomatique de dire que si quelqu’un essayait de la lui mettre à l’envers, elle le saurait.
“- Cela ne fera que nous diviser davantage - diviser pour mieux régner ! s’exclama Cooper, toujours aussi ouverte d’esprit.
- En fait, ça me semble être une bonne idée.”
Harper prit la parole pour la première fois.
“- Certains parmi les 100 - que, comme vous le savez, je représente - ont exprimé le souhait de s’installer en dehors d’Arkadia, près de la navette où nous avons atterri.
- Mais le camp se trouve sur les terres des Skaikru.
- Oui, mais cela montre que certaines personnes veulent quitter Arkadia. Peut-être que d’autres se porteraient volontaires pour chercher d’autres endroits.
- Mais alors, nous serions un ensemble de groupes fragmentés plutôt qu’une nation unie !”
Il aurait été surprenant qu’elle ne trouve pas quelque chose à redire…
“- Cette proposition devra être soumise au vote, mais elle n’est pas sans mérite, acquiesça Doc, sans se soucier de Cooper.
- Cela résoudrait le problème d’espace, concéda Willa.
- Mais cela créerait des problèmes de communication !
- Orchidée ne serait plus le seul camp isolé, je suis en faveur de cette proposition.”
Anita leva la main.
“- Nous n’avons pas besoin de plus de camps isolés !
- Cela permettrait un meilleur contrôle de l’écosystème… réfléchit Harrison à voix haute.
- Et un meilleur contrôle de notre peuple par les Natifs !
- Mes équipes se chargeront de l’entretien des véhicules et du matériel de communication, proposa Saint Clair.
- Vous avez tous perdu la tête ?
- Et les miennes assureront la sécurité des équipes de recherche, promit Miller senior.
- C’est notre sécurité que vos équipes devraient assurer !
- Les volontaires devraient partir dans les prochaines semaines, pour être de retour avant l’hiver.”
Dereck sortit de nulle part un graphique présentant les prévisions météorologiques pour les mois à venir.
“- Pourquoi en est-on déjà à planifier les expéditions ?!
- Voulez-vous vous débarrasser de votre douleur ?
- Pas maintenant, Thelonius ! Tu n’as pas été invité à cette réunion.
- Peut-être que d’autres clans pourraient nous aider ? On pourrait aussi proposer des échanges, suggéra Max.
- Je suis invisible ou quoi ?
- Cela renforcerait nos liens avec les autres clans, ce qui profiterait tant aux Natifs qu’aux Skaikru, dit Jackson.
- Est-ce que quelqu’un m’entend ?!
- Ouais, répondit enfin Jules à Cooper, savourant l’indifférence totale dont elle faisait l’objet.
- Pas toi, troubadour !
- Bouffon, mais pas loin.
- C’est décidé, alors, conclut le Chancelière tandis que Cooper fulminait sur sa chaise. Nous soumettrons cette proposition au vote, et nous reviendrons vers vous, Lexa.
- Prenez tout le temps qu’il vous faut. Il y a un autre sujet dont j’aimerais discuter, un sujet que j’ai déjà abordé auprès de tous les ambassadeurs. Si vos peuples acceptent de participer au système commercial, il va sans dire que la communication sera la clé du succès. Cette responsabilité incomberait logiquement à l’ambassadeur, mais discuter des affaires spécifiques du clan lors des réunions à Polis semble inutile et chronophage.”
Lexa s’abstint d’ajouter que perdre son temps en discussions inutiles était déjà un sport national à Polis…
“- Ma proposition est donc la suivante : élire douze ambassadeurs par clan, chargés de représenter leur peuple auprès des autres alliés de la Coalition. Ces ambassadeurs résideraient dans un village choisi par le chef de clan et, bien sûr, si cela devait se concrétiser, les Skaikru accueilleraient les autres ambassadeurs à Arkadia. Cela faciliterait ainsi les échanges et la communication entre les différents clans. Non seulement cela libérerait du temps pour traiter les questions litigieuses ou celles concernant la Coalition dans son ensemble, qui seraient abordées à Polis avec les ambassadeurs actuels, mais cela permettrait également de discuter de projets plus ambitieux qui garantiront un avenir radieux pour nous tous. Et, pour être tout à fait honnête, ce système permettrait aux ambassadeurs et à moi-même d’avoir une vie personnelle en dehors des réunions politiques.”
Jules écarquilla les yeux, elle ne s’attendait pas à ce que Lexa se montre aussi ouverte quant à son désir d’avoir une vie privée en dehors de ses fonctions.
“- Pendant si longtemps, nos méthodes nous ont permis de survivre, mais la vie ne devrait pas se résumer à une simple question de survie. Votre peuple m'a appris cela. Alors faisons plus que simplement survivre ensemble.”
C'était une excuse plutôt inspirante pour justifier faire la grasse matinée le dimanche, mais le discours eut l'effet escompté. Tous les membres du Conseil - à l'exception de Cooper qui poussa un grand soupir mais resta parfaitement ignorée - acquiescèrent avec un sourire solennel, comme si le Commandant leur avait appris que la clé de la victoire résidait dans le pouvoir de l'amitié.
“- Je trouve que c'est une excellente idée, Lexa, intervint Kane. Nous organiserons des élections et communiquerons les résultats à Clarke.
- Tant que nous y sommes, Skaikru devra également élire un nouvel ambassadeur pour représenter notre peuple à Polis.”
Un ‘Hein ?!’ collectif accueillit l’annonce de la future ex-ambassadrice, comme s’ils étaient dans un vieux dessin animé. Enfin, tout le monde sauf Doc, qui tirait la gueule sur son siège. Sa fille avait dû lui annoncer la nouvelle plus tôt, et pour une raison quelconque, elle n’était pas ravie.
“- Je voudrais profiter de cette occasion pour annoncer officiellement ma démission de mon poste d’ambassadrice. Bien sûr, comme cette annonce est soudaine, je continuerai à exercer mes fonctions jusqu’à ce que le nouvel ambassadeur soit élu, et je resterai disponible pour l’assister pendant la période de transition afin d’assurer une passation en douceur.
- Tu ne reviens pas à Arkadia ?” demanda Miller Senior.
Encore quelqu’un qui avait bien suivi…
“- Non, je resterai à Polis, mais pas en tant qu’ambassadrice.
- Eh bien…, reprit Kane. C’est sûrement une décision mûrement réfléchie.
- C’est le cas.
- Nous te sommes tous reconnaissants pour ton travail acharné et ton dévouement. Des élections auront lieu dès que possible.”
La moitié des habitants d’Arkadia avaient critiqué chacune de ses décisions, mais passons.
“- Merci. Je suppose que je dois des explications au Conseil.”
Ce n’était pas le cas, mais cela mettrait fin à toutes théories farfelues et aux ragots de couloir.
“- J’ai accepté le poste d’ambassadrice faute de meilleur candidat à l’époque, mais je ne pense plus être la personne la plus apte à occuper cette fonction. Je n’ai aucune formation politique officielle en dehors de ce que j’ai appris sur le terrain, et comme Mme Cooper l’a mentionné plus tôt, je suis peut-être encore trop jeune. De plus, je n’ai aucune ambition de poursuivre une carrière politique.”
Elle marqua une pause, pesant le pour et le contre de révéler l’une des principales raisons de sa démission.
“- Comme vous le savez sans doute déjà, Lexa et moi entretenons une relation amoureuse, et si personne n’a soulevé d’inquiétudes concernant un éventuel con-
- Objection, c’est un conflit de loyauté ! s’écria Cooper inutilement, car a) ils n’étaient pas au tribunal et b) tout conflit de loyauté potentiel jouerait très probablement en faveur de Skaikru.
- Si personne n’a soulevé d’inquiétudes concernant un quelconque conflit de loyauté jusqu’à aujourd’hui -, poursuivit Clarke. - ma présence à la table des ambassadeurs pourrait susciter des interrogations quant à la neutralité de Heda envers son peuple.
- Des inquiétudes infondées, mais légitimes, ajouta Lexa.
- De même, je comprends tout à fait que vous puissiez douter de ma capacité à représenter pleinement notre peuple. Enfin, et il s’agit davantage d’une requête personnelle, mais à l’approche de notre mariage, je souhaite séparer ma vie privée de ma vie professionnelle, ce qui n’est pas possible si je continue à exercer mes fonctions d’ambassadrice. Pour toutes ces raisons, je démissionne donc de mon poste. Je vous remercie de votre compréhension et de votre attention.”
Un autre ‘Hein ?!’ retentit, car ils se croyaient toujours dans un dessin animé, bien que les réactions étaient plus variées. Abby boudait toujours sur son siège - et maintenant que Jules y réfléchissait, les fiançailles étaient probablement la nouvelle qui la tourmentait -, Harper félicitait Clarke en silence, Cooper était sur le point de faire un trou dans le mur à côté d’elle en hurlant que c’était ‘intolérable, scandaleux, une honte !’, Miller Senior contemplait à quel point il était à la rue, Mme Flood déplorait que le sort des survivants d’Orchidée ait à peine été abordé, le reste du Conseil se plaignait du peu de progrès réalisés sur leurs propres problématiques, Lexa regardait Clarke comme si elle avait attrapé un Leveinard shiny pour lui offrir et Clarke contemplait la porte comme si elle voulait désespérément en finir. Quant à Jules, même s’il était rassurant de constater que les réunions à Polis n'avaient pas le monopole de l’inefficacité, elle en avait plein le cul d’écouter des vieux et moins vieux utiliser beaucoup trop de mots pour avoir l’air important, et elle voulait aller dormir. Le Chancelier prit enfin la parole.
“- Des félicitations sont de rigueur J’avais entendu des rumeurs sur vos fiançailles pendant les Jeux de Kongeda, mais on m’avait dit - à tort, semble-t-il - qu’il s’agissait d’un malentendu.
- C’était bien un malentendu, confirma Lexa. J’ai clarifié les choses le soir même.
- Oh, alors quand la demande en mariage a-t-elle eu lieu, si je ne suis pas trop indiscret ?
- La nuit suivant les Jeux de Kongeda.
- La même nuit -
- Oui, tout s’est passé la même nuit, acceptez, intervint Jules parce qu’elle voulait partir et que toute l’explication prendrait encore une heure.
- ... Très bien. Quoi qu’il en soit, félicitations à vous deux.
- Merci.
- Quant à ce dont nous avons parlé aujourd’hui, les propositions seront soumises au vote de notre peuple, et nous vous tiendrons au courant. Je pense que nous pouvons clore la réunion d’aujourd’hui.”
Il ne laissa à personne l’occasion de contester ou de revenir sur un autre sujet.
“- Merci à tous d’être venus.”
Les membres du Conseil se frayèrent un chemin hors de la salle bondée sans poser d’autres questions, eux non plus n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de passer une heure de plus entre ces murs. Même Cooper avait troqué son attitude passive-agressive - penchant plutôt vers l’agressivité - contre une expression boudeuse, contrariée que personne n’ait pris ses objections au sérieux, des objections qui auraient sans doute eu plus de poids si elle n’avait pas passé son temps à hurler comme une petite fille à qui on aurait volé un crayon.
Il ne restait plus que sept personnes dans la salle de réunion. Clarke discutait avec le Chancelier et sa mère des prochaines élections, Lexa parlait du comportement de ses cow-boys avec Miller Senior, et Harper avait rejoint Jules près de la porte.
“- Quelle réunion, hein…
- Ouais, on en a dix par semaine des comme ça, à Polis… Pas étonnant que Lex veuille lever le pied. Vos réunions sont toutes comme ça ? Cooper est -
- Une vraie garce, dit Harper sans détour.
- J’allais dire ‘intense’, mais oui. Elle est toujours comme ça ?
- Quand il s’agit de choses qui la concernent, oui. Quand elle s’énerve, même Kane n’arrive pas à la faire taire, on attend juste qu’elle se calme d’elle-même.
- Charmant… Tu arrives à te faire entendre ?”
Harper était restée silencieuse pendant la réunion, Jules espérait qu’elle ne se faisait pas écraser par ceux qui criaient plus fort. Elle ne la connaissait pas très bien, mais elle l’aimait bien. Elle était gentille et drôle.
“- Ça a été dur au début, mais j’ai trouvé quelques astuces”, lui confia-t-elle.
Jules se rendit compte que, même si elle n’avait pas beaucoup parlé, Harper avait fait passer sa requête sans aucun souci.
“- Alors, les 100 retournent au camp de la navette ?
- C'est le projet. Certains d'entre nous ont du mal à vivre avec les mêmes personnes qui nous ont jetés en prison avant de nous utiliser comme agneaux sacrificiels.
- Inutile de prêcher une convertie, je me suis tirée dès que j'en ai eu l'occasion. Alors oui, je comprends le besoin de s'échapper.
- Ce n’est pas facile pour certains d’entre nous de vivre ici. Comme Monty, dont la mère est emprisonnée ici, ça lui fera du bien d’être hors d’Arkadia.”
Harper sourit tendrement en entendant parler du garçon, il y avait clairement quelque chose entre eux.
“- Bellamy a dit qu’elle était ici…
- Comment va-t-il, au fait ? J’ai entendu dire que tu avais passé le week-end avec lui.”
Et quel week-end ça avait été…
“- Eh bien, il m’a en quelque sorte kidnappée, donc je n’avais pas trop mon mot à dire. Mais il va bien, il sera soulagé d’apprendre que sa demande a été acceptée et -
- J’ai déjà envoyé un messager, Lexa s’immisça dans la conversation.
- Cool, t’as fait virer les gardes qui m’ont cassée en deux sans raison ?
- Ils avaient une raison. Apparemment.”
Jules était curieuse de savoir de quoi il en retournait.
“- Ils prétendent t’avoir arrêtée à cause de ton bannissement d’Arkadia.
- Ce qui est surprenant, car deux personnes dans cette pièce étaient censées s’en occuper !” s’écria Jules en s’adressant aux deux personnes en question.
Kane l'ignora, mais au moins Clarke eut la décence de lui adresser un sourire d'excuse et les rejoignit.
“- J’ai des choses dont je dois discuter avec Kane et ma mère dans la salle de contrôle, ça ira ?”
Jules ne savait pas à qui Clarke s’adressait et se demandait si elle devait se sentir offensée ou non. Lexa la sortit de son dilemme et assura à sa fiancée qu’elles s’en sortiraient, avant de l’embrasser pour lui dire au revoir.
“- Et mon bannissement ? demanda Jules alors que l’artiste disparaissait derrière la porte.
- Je m’en occupe, promis !
- Tu as déjà dit ça et -
- Ne t’en fais pas, l’interrompit Lexa. David a rétrogradé les gardes, ils ne toucheront pas à une arme avant un moment.
- Ça m'a tout l'air d'être une excuse, les bannissements d'Arkadia ont été levés depuis un moment déjà, leur apprit Harper.
- Et le but d'exiler quelqu'un, c'est de l'empêcher d'entrer, pas de sortir…
- Quoi qu'il en soit, je suis contente que ce soit réglé. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Jules, Heda…
- En fait, Harper, je voulais te parler seule à seule.
- Hum, bien sûr…”
Elle semblait flattée par l’attention du Commandant, et un peu inquiète…
“- Jules, tu peux aller à la caf-
- Oh, elle fait partie du ‘seule à seule’.
- Hé… se plaignit le bouffon sans grande conviction.
- Tu veux que je te mette dehors ? Je croyais que tu t'intéressais au ‘caillou’, comme tu l'appelles.”
C'était le cas. L'ambassadrice de Trikru s'était présentée avec cette… chose, quelques jours avant leur départ pour Arkadia. Jules n'y avait pas prêté beaucoup d'attention - le caillou ressemblait à un tas de granit deux fois plus grand qu’elle - mais le voir attelé à la calèche du Commandant avait ravivé sa curiosité.
“- Je t’en prie, continue.
- Les Trikru aimeraient vous faire une offrande.
- Aux Skaikru ? demanda Harper, curieuse de savoir en quoi cela la concernait.
- Aux 100. C’est un totem, la pierre a été creusée. La coutume veut que l’on y place les effets personnels des guerriers tombés au combat afin de les brûler, et de rendre un dernier hommage à ceux qui ont péri.”
Le symbolisme de ce geste toucha Jules - elle aussi faisait partie des 100 - mais elle connaissait les coutumes des Natifs et avait appris à vivre au sein de cette culture. Elle espérait que les autres délinquants ne se sentiraient pas insultés.
“- Il ne vous en sera pas tenu rigueur si vous refusiez cette offrande, reprit Lexa, elle aussi inquiète. Je présente mes excuses au nom de Trikru dans le cas où ce totem serait perçu comme une insulte. Je peux vous assurer qu’il n’y a aucune intention malveillante derrière ce geste.”
Harper déglutit avant de finalement prendre la parole.
“- Merci. J’apprécie, et je sais que les autres apprécieront aussi. C’est un geste très délicat.
- Je suis contente que tu le prennes ainsi. Le totem est toujours attelé à la calèche, si tu veux, je peux demander qu’on le déplace vers votre nouveau camp.
- Je vais rassembler les autres et on s’en occupera ! Ça ne prendra pas longtemps !
- Les aut- ? Tu veux organiser une cérémonie maintenant ? comprit Jules.
Vous êtes rarement à Arkadia, Octavia, Clarke et toi, c’est l’occasion rêvée !
- Octavia est là ?
- On se retrouve à la navette dans une heure ! Ne sois pas en retard !
- Attends, Harper, je -”
Trop tard, elle était déjà partie. Le cadeau avait eu l’effet escompté, c’était déjà ça… même si Harper était un peu trop impatiente d’en profiter. C’était cool, une cérémonie pour honorer les morts, super… Et elle n'avait pas tort, on pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où les 100 s'étaient tous réunis à Arkadia - même Bellamy n'était pas si loin et aurait pu assister de loin si on le prévenait tout de suite, mais… Il n'était même pas encore midi, et Jules avait déjà été coincée dans une réunion interminable, elle n'avait vraiment pas envie de revivre ça. Et puis…
“- Tu sais comment on va jusqu’à la navette ? demanda Lexa.
- Pas la moindre idée.
- Tu sais où est Klark ?
- Elle a dit qu’elle allait à la salle de contrôle.
- Où est la salle de contrôle ?
- Je sais même pas ce que c’est.
- Bonne chance, je vais me reposer dans la calèche si tu as besoin de moi.
- Pas question, c’est ton con de caillou qui m’a mis dans ce bordel. Si je dois ramper dans des tunnels avant l’heure du déjeuner, je t’entraîne avec moi.”
