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Category:
Fandom:
Characters:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 1 of Tribulations d'un mage au Royaume du Temps
Stats:
Published:
2015-05-10
Completed:
2015-08-10
Words:
26,279
Chapters:
7/7
Comments:
2
Kudos:
4
Hits:
188

Les Larmes d'Obsidienne

Summary:

Merlin a traversé les âges, parcouru le monde, aimé et perdu, ri et pleuré. Il sillonne le temps et ses souvenirs de Camelot et de ses aventures avec Arthur lui paraissent parfois comme un rêve oublié. Son roi n'est pas revenu alors qu'Albion a sombré sous de nombreuses tragédies pour renaître différente à chaque fois. Parfois Merlin se demande si Arthur ne reviendra jamais.

Notes:

Disclaimer : Merlin, son univers ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas. Malheureusement !

Avertissement : De nombreuses scènes peuvent choquer par leur caractère violent et gore (sacrifices, massacres, combats, ...). Mentions de rites païens, de la religion catholique, de l'esclavage. PreSlash Merthur.
Une grand grand merci à Saturne pour son travail, ses conseils toujours avisés et son temps précieux. Merci également à Amaranth68 pour ses précieuses corrections.

Enjoy !

Chapter 1: Prologue

Chapter Text

Les larmes d'obsidienne

OoO

 

22 juin 1520

Le soleil à son zénith reflète une lumière brutale sur les pierres blanches du temple d'Huitzilopochtli sans pour autant rebuter la foule dense rassemblée au pied de la pyramide. Amassée au cœur de l'Enceinte Sacrée, elle acclame la descente fastidieuse du dernier sacrifié.

Le corps s'écroule enfin à terre dans un bruit mat, vite recouvert par les chants et les prières du peuple désireux de s'attirer les bonnes grâces de leur dieu solaire. Aussitôt oublié, une poignée de prêtres récupère le cadavre alors que déjà l'attention est tournée sur la suite du rituel.

En retrait de la ferveur collective et à l'abri de la chaleur écrasante, une centaine d'hommes vêtus de plastrons reluisants, leur chemise et pantalon bigarrés leur collant au corps, attendent et observent. Leurs mains crispées sur la crosse de leur fusil, ils regardent, horrifiés et fascinés, le massacre se dérouler sans comprendre la liesse des habitants. Cela fait une heure que le sang coule sur le temple principal sans que le fanatisme des Mexica ne faiblisse.

Pedro de Alvarado, un grand homme à la barbe brune hirsute, assure le commandement des troupes espagnoles en l'absence d'Hernán Cortés. Il se tient droit, la poigne serrée sur son arme et scrute d'un œil méfiant les festivités.

Ces Mexica et leurs croyances impies bafouent le Seigneur. Ils n'ont que faire de savoir qu'il les voit et les jugent, la croix de bois érigée sur le temple adjacent semble invisible à leurs yeux hérétiques.

Mais Alavrado n'a pas le choix que de laisser faire. Ces ordres sont formels. Après le massacre d'il y a quelques semaines, il ne peut plus se permettre une erreur. Dès que le Commandant sera revenu, il lui expliquera qu'il a réussi à déjouer un complot fomenté par l'élite et le clergé à l'encontre des troupes espagnoles et que la révolte violente qui a suivie n'est que la preuve de la traîtrise de ces sauvages.

Le visage fermé, il resserre sa prise sur son arme. L'évêque et les prêtres envoyés par sa Majesté Charles Quint ont préféré ne pas assister à cette tuerie païenne. Il les envie.

Sur la plate-forme du temple situé au centre de la ville de Tenochtitlan, Yolotli, grand prêtre du dieu, écrase sur l'idole de pierre le cœur encore chaud du dernier sacrifié. Après une dizaine d'offrandes, la statue est brune de sang séché et son odeur métallique imprègne lourdement l'air. Psalmodiant dans sa langue natale, le prêtre prie avec ferveur pour l'aide de son dieu. Ils en ont besoin pour vaincre les envahisseurs.

" Huitzilopochti,
Un magicien,
Un seigneur de batailles.
Tu nous avais guidés depuis Aztlan,
Tu nous avais guidés depuis le Lieu de la Tromperie."

Déjà, un autre volontaire est porté sur l'autel, ses quatre membres tendus à chaque extrémité de la pierre concave. Yolotli se rince succinctement les mains dans une bassine de jade avant de saisir le poignard d'obsidienne verte.
Le sacrifié psalmodie avec lui, l'esprit embrumé par l'alcool, indifférent à son sort.
D'un geste sûr le grand prêtre lève la lame et incise avec précision entre deux côtes, juste sous le téton, traçant une ligne parallèle aux épaules. Du sang se met à couler, imbibant ses manches et alourdissant d'avantage sa tunique déjà saturée du précieux liquide. Une énergie frémissante s'échappe de la lésion, faisant vibrer l'air de sa force inutilisée. Elle vient s'enrouler autour des bras ensanglantés de Yolotli avant de s'échapper vers la statue du dieu.

"Regarde !
De sang et de feu,
Revêtu de plumes,
Ce sont tes captifs.
De sang et de chair,
Revêtu de jade,
Je te les livre,
Tes captifs."

Posant le poignard, Yolotli écarte avec force la chair et les os pour insérer sa main dans la caverne chaude de ses côtes, se frayant un passage pour atteindre son but. Là, encore palpitant de vie, le cœur de cet homme bat frénétiquement. Alors que d'autres apprentis recueillent le sang qui s'écoule à flot de la plaie, le prêtre enserre de son poing l'organe encore vivant et tire, tire, toujours et encore jusqu'à ce que les vaisseaux lâchent et qu'il puisse emporter son butin avec lui.

"Lanceur divin,
Virevoltant dans la bataille,
Là où la guerre est
Ton triomphe est grand.
De chair et de force,
Nos offrandes,
Je te les donne."

Se détournant du corps ayant fait son office, il brandit l'organe frémissant vers le soleil pour lui offrir son énergie avant de venir en couvrir la statue de Huitzilopochtli. Il prie en silence pour que celui-ci entende son appel, qu'il vienne sur Terre pour libérer ses enfants de ces ennemis cracheurs de feu. Sa supplique gagne en force, la rage et le désespoir décuplant sa voix. Tout est prêt. Mais sans l'aide divine ils ne pourront pas reprendre leur dû.

"Descends parmi nous,
Comme un exemple
Rassemble-toi avec moi
Dans la maison de la guerre
Contre nos ennemis.
Rassemble-toi avec moi
Ô Vénéré !"

Alors qu'il se tourne pour qu'on lui amène un autre sacrifice, il en tuera autant qu'il en faut, une fissure se crée dans le voile de l'horizon. Le ciel s'assombrit, la chaleur devient étouffante.
Les conquistadors encore présents malgré le spectacle horrible se redressent, alertés par ce phénomène anormal.
L'espoir s'insinue en Yolotli. Il se saisit du récipient contenant le sang vif recueilli jusque là et le verse sur l'image de Huitzilopochtli pour l'en recouvrir en entier, ne cessant jamais sa prière.

"Descends parmi nous,
Comme un exemple
Rassemble-toi avec moi
Dans la maison de la guerre
Contre nos ennemis.
Rassemble-toi avec moi
Ô Vénéré !"

La fissure s'agrandit, devenant une plaie béante dans le ciel. Une substance noire et informe s'en échappe, flottant avec rapidité jusqu'à Yolotli. Il leur a répondu ! Enfin leur dieu est venu.

"_ Au diable !" Hurle un des espagnols en montrant du doigt la scène. Ses camarades chargent leur fusil alors que le peuple reste indifférent et acclame le phénomène.

S'offrant tout entier, le Grand Prêtre ouvre grand les bras en signe d'abandon. Il est prêt à sacrifier son corps et son âme pour bannir ces envahisseurs. D'un mouvement vif, la masse sombre se jette sur son visage et pénètre son enveloppe par tous les chemins possibles : la bouche, le nez, les yeux. Aveugle et coupé de la réalité, Yolotli ne peut retenir un cri de douleur en sentant le froid lui prendre les entrailles, la présence imposante du dieu bataillant la sienne dans le fourreau étroit de sa chair.

Lorsqu'il rouvre les yeux, ceux-ci sont devenus noirs et inhumains. Yolotli a disparu. A sa place, Huitzilopochtli, dans son hôte de chair, est arrivé sur Terre. Une aura sombre sort de ses pores. D'apparence visqueuse, elle est inconsistante et glaciale, vibrante de pouvoir.
Lorsqu'il se retourne vers la place de l'Enceinte Sacrée, ses mouvements saccadés et mécaniques, la foule clame sa ferveur alors que les soldats espagnols tentent de se frayer un chemin vers le temple.

Qu'ils viennent donc, leur vie s'éteindra bientôt.