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Puissance 4.

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C’est bien la première fois que Yann insiste pour aller à l’une des réceptions données par le groupe TF1. D’habitude il s’arrange toujours pour se faire remplacer, ou simplement être absent. Mais ce soir Martin se retrouve à le suivre entre les plateaux de champagne et les petits fours.

- Regarde qui est là !

Sans surprise le regard du cadet se pose sur Camille et Bertrand qui se trouvent eux aussi à la petite fête. Camille a l’air aussi mal à l’aise qu’à son habitude dans ce genre d’endroit, alors que Bertrand discute tranquillement avec toutes les personnes qui passent à leurs côtés. Il est plus que ravi que pour une fois son compagnon ait accepté de venir, même s’il n’a pas bien compris la raison. Mais son esprit s’illumine quand la silhouette de Yann se détache de la masse, et que le sourire de Camille illumine son visage.

- Comme on se retrouve !

La surprise sonne terriblement fausse mais Yann a depuis longtemps supprimé le message adressé au montagnard lui proposant de se retrouver ce soir, mine de rien. Après la surprise de la semaine passée et des soupçons autour de chacun il était temps de se revoir, tous les quatre.

- Certains vont être contents. Fait remarquer Camille en agitant la main vers les dirigeants de la boite, l’œil attentif au quatuor.
- C’est le moment de faire bonne figure.

Mais l’idée de Yann de se réunir ne semble pas aller aux deux cadets. Bertrand est déjà reparti aborder un autre groupe et Martin est plongé dans son téléphone, sa coupe déjà vide. De toute évidence les deux hommes s’évitent ; et cette confrontation forcée ne leur plait pas.

- Le hasard fait quand même bien les choses. Ironise le reporteur alors que son compagnon et Camille s’amuse de leur présence.
- Martin, on bosse pour la même chaine presque.
- Sauf qu’on est sur TMC depuis trois ans, que Camille est arrivé il y a plus d’un an et qu’on avait réussi à ne jamais se voir depuis tout ce temps. Et là d’un seul coup !
- Je pensais que ça t’aurait fait plaisir de voir Bertrand.

La pique lancée par le grisonnant atteint Martin en plein cœur. Les lèvres pincées il se retient du moindre commentaire alors Bertrand revient au même instant sous les regards insistants de Camille.

- Ça ne vous dirait pas qu’on se revoit dans un cadre moins formel un de ses jours ? Genre un apéro à l’appart ? Je sais qu’on a tous des emplois du temps de folie mais avec un peu de chance on peut trouver une soirée de libre.

La proposition soudaine de Camille laisse son compagnon sans voix. Il sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans son comportement, mais ce genre d’approche dépasse tout ce qu’il attendait. Camille, l’homme qui peut passer des soirées entières seul avec son chien et sa télévision, qui refuse toutes ses propositions de sorties avec leurs amis, se met d’un seul coup à organiser des apéros. Avec Yann et Martin.

- Eh bien euh on devrait pouvoir trouver une date. S’étouffe le grisonnant.
- Oh oui Yann tu vas décaler ton emploi du temps pour ne pas rater ça quand même. Ironise Martin les joues rouges.

Bertrand ne préfère pas donner son avis sur la situation, il n’échange qu’un regard profond avec Martin, mais il n’arrive pas à le définir comme de l’inquiétude ou de la folie. La soirée risque d’être longue, très longue.

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- Bon tu as choisi ?

Déjà une bonne dizaine de minute que Yann contemple sa cave à vin sans savoir quelle bouteille choisir. C’est ce soir qu’ils sont invités chez Camille et Bertrand et depuis le matin la tension est à son comble. Martin a préféré ne pas aborder le sujet avant le départ, mais il n’en pas peut plus d’attendre que son compagnon se décide.

- On y va comme des « amis » pas besoin de leur sortir le grand cru.
- C’est quand même gentil de leur part de nous invite, on ne va pas arriver avec un jus de pomme.
- C’est plutôt Camille qui nous invite, pense à ce qu’il pourrait aimer…

Un fin sourire se dessine sur les lèvres de l’animateur en pensant à Camille sirotant son vin dans un épais canapé en sa compagnie. Mais cette image s’efface aussi sèchement que la porte ne se referme sous l’impulsion de la main de Martin.

- Ça va j’ai pris un vin blanc, sec, mais doux en bouche. Ça devrait plaire à tout le monde.
- Je n’en doute pas…
- Martin je t’en supplie arrête ! Si c’est pour faire la gueule toute la soirée reste ici.
- Je ne prends pas le risque de te laisser seul avec les deux.
- Ne me dit pas que tu n’es pas content de revoir Bertrand.
- C’est ça…

La mine sombre Martin esquive la tentative de baiser de Yann et attrape sa veste jusqu’à la sortie. Son compagnon lève les yeux au ciel avant de le suivre, la soirée va vraiment être longue.

La situation ne s’améliore pas vraiment une fois arrivés chez Camille. Bertrand garde toujours une certaine distance envers Martin, mais il reste courtois envers Yann avec une forme d’admiration télévisuelle. Camille, lui, fait tout pour que tout le monde s’entende bien mais son esprit se trouble dès que son regard se pose que Yann. Cette ambiance intime et amicale lui change de toutes leurs autres rencontres, il y a comme une barrière qui s’est baissée entre eux.

- Eh bien ouvrons votre bouteille, elle doit avoir eu le temps de reposer. Annonce Camille en sortant un autre plat de petits fours.
- Avec plaisir.
- Yann a pris beaucoup de soin pour la choisir, en espérant qu’elle vous plaise. Sourit Martin.

La remarque a le don de faire rire Camille, porté peut-être par la première bouteille déjà vide. La discussion reprend un court normal, mais dès qu’elle dérive sur leur vie personnelle il y a toujours une seconde de silence, de gêne. Surtout Bertrand.

La nouvelle bouteille déjà presque vide Martin fait tout pour tenter d’attirer l’attention du niçois, mais en vain. Il reste bloqué dans son mutisme défensif, de peur peut être de dire la phrase qu’il ne faut pas. Camille lui-même à laisser tomber l’affaire, se concentrant sur le charme de Yann.

- J’ai couché avec Bertrand.

La phrase est tombée comme une lame de guillotine. Martin aurait aimé ne pas en venir à ça, mais cela lui semble être la meilleure solution pour enfin briser la glace.

- Pardon ? Hoquète Camille.
- Je pense que ce n’est pas une surprise. Mais si on doit continuer à se voir, ce qui je pense arrivera, autant se dire les choses.
- Bertrand, c’est vrai ?!
- Oui…
- Nous sommes des adultes. Le défend immédiatement le reporteur. On connait nos modes de vie, on connait nos faiblesses.
- Martin, je pensais pourtant qu’on était clair avec ce genre d’histoire. Soupire Yann en tentant de calmer l’homme face à lui.
- C’était aussi de ma faute. Réussit à articuler Bertrand.
- On est tous un peu coupable. Tranche Yann. Mais Martin, après Hugo et Pana il est peut-être le temps de s’arrêter là, tu sais où tout ça mène.

D’un bond Bertrand se lève, le battement de ses tempes résonne dans son crâne, il a besoin d’air. Il trouve refuge sur le balcon, mais la phrase de Yann continue de lui faire du mal. Il imagine Martin mener le même jeu qu’il a fait à son encontre, mais avec Hugo Clément ou Panayotis Pascot. Il imagine ses caresses sur leurs corps et il se sent trahi, presque sale. Il a connu ce genre de situation, une fois, à TPMP, cette notoriété qui pouvait lui faire avoir qui il voulait. Il avait son propre jeu, un regard, un sourire, un secret. Il l’avait fait pour Camille, mais aussi pour des femmes. Et puis il avait compris que cela était mal, pour lui, comme pour ses fréquentations. On lui disait que c’était la même rengaine sur toutes les chaines de télévision, mais il ne voulait plus y participer. Et pourtant il était retombé dans le piège sans même s’en rendre compte.

Il a envie de fumer, mais ses poches sont vides. Sous ses pieds il n’y a que la rue sombre et au loin les sons agités d’un bar. Sa main est crispée sur la rambarde et son esprit ne sait plus ce qu’il doit gérer en premier. Derrière lui quelqu’un vient le rejoindre avec douceur.

- Ils sont partis. Ils te saluent.

Camille se glisse à côté de lui. Son compagnon ferme les yeux, attend la tempête, mais rien ne vient. Il sent simplement la main du montagnard se poser sur la sienne.

- Je vais dormir sur le canapé. Finit par soupirer le niçois.
- Ce n’est pas la peine. Viens plutôt m’aider à tout ranger. Cela ira pour ce soir.