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Puissance 4.

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Le corps de Bertrand s’effondre sur le lit double, les boutons de sa chemise éclatent les uns après les autres sous les doigts experts de l’homme qui se tient au-dessus de lui. Son souffle a du mal à se caler avec les battements de son cœur et les ruades de baisers le long de son cou n’aident pas à sa concentration.

- Arr…arrête…

Mais la demande est vaine et les assauts de Martin continues le long de son torse bronzé sans que Bertrand ne puisse s’en défaire. Les yeux fermés il tente de se remémorer comment la soirée a pu aussi vite déraper mais le vin qui coule dans ses veines l’empêche de réfléchir.

Quand il rouvre les yeux sa chemise n’est plus qu’un tas sur le sol et son collègue, ami, amant, part à l’attaque de sa ceinture. Les mains du niçois viennent alors se glisser le long de ses épaules, découvrant des muscles fins mais puissants. Il court encore dans le haut de son dos, et remonte jusqu’à la tignasse brune pour en saisir quelques mèches sous l’effet des baisers.

Et quand les doigts de Martin se referment sur son membre encore étriqué dans son caleçon, Bertrand lâche un râle incontrôlable. Un sourire satisfait nait sur le visage de l’ainé mais sa victoire n’est que de courte durée. Bertrand l’emporte sur la surprise et fait basculer son corps sur le côté, en profitant lui aussi pour s’accaparer de son cou.

Ils se cherchent encore quelques instants, inconscients de ce qu’ils sont en train de faire et pourtant sûrs d’eux dans leurs caresses. Leurs corps ne vont cependant pas plus loin que leur plaisir simple, n’osant franchir la barrière du non-retour entre eux. Le désir est là, mais leurs esprits gardent une part de remords envers leurs compagnons respectifs.

- Martin laisse-moi...

Mais Martin ne le laisse pas. Au contraire, il appui un peu plus ses caresses pour mener Bertrand à la jouissance. Le suivant de près dans le plaisir. Et quand leurs corps tombent enfin nus sur le matelas leurs souffles hiératiques comblent le silence de la chambre. Ils étaient montés si vite jusqu’à l’ancien appartement de Martin que Bertrand n’avait pas pris le temps de détailler l’intérieur.

Maintenant allongé, une cigarette fumante entre les doigts, il laisse son regard dériver sur les murs. Quelques photos, souvent de soirées un peu floues, et d’autres plus grandes, plus belles, de ses voyages et de ses reportages. Encadrée il y a une photo de lui enfant, avec une belle femme, sûrement sa mère ; et à côté une photo de lui, et de Yann.

- Tu regrettes ? Murmure Martin entre deux bouffées.
- Je me dis que ce n’était peut-être pas une bonne idée, mais en aucun cas je regrette. Et toi ?
- Je me dis que Camille a bien de la chance, et que l’on devrait rentrer.

Bertrand n’ajoute rien, il sait que de toute façon il n’y a rien à dire. Une vague de culpabilité le fait tirer plus fort sur sa cigarette pendant que Martin se rhabille avec un léger sourire. Il sait que le niçois ignore une grande partie de sa vie, notamment de sa vie sentimentale, ou bien tout simplement sexuelle. Cela vaut peut-être mieux d’ailleurs, il s’inquièterait à l’idée de travailler avec lui et Yann.

- Je te raccompagne quand même jusqu’à la sortie ?
- J’exige au moins un baiser d’au revoir. Sourit Bertrand en attrapant sa chemise sur le sol.

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Dans l’ombre Yann regarde les caméramans s’agiter sur le plateau. Cela lui fait étrange d’être de l’autre côté de toute cette activité. Mais il y a quelque chose de plaisant à regarder Camille s’afférer pour son émission. Cette façon de guider chaque personne par un sourire, comme si tout était facile alors que les audiences sont les seules maitresses de la situation.

Après leur discussion dans son bureau Camille l’avait convaincu de venir le voir tourner à la fin de l’enregistrement de Quotidien. Les studios ne sont pas loin l’un de l’autre il n’avait eu qu’à traverser quelques rues. Et s’ils étaient restés presque trop professionnel l’après-midi, ce soir Yann se sent plus joueur.

- Je t’attends en loge. Lance-t-il à Camille quand ce dernier annonce les dernières minutes de tournage.

Pour la soirée il a troqué son costume par un jean élimé et un polo gris du plus simple effet. Et il se retrouve dans le même jean élimé qui traine dans la loge de Camille. Son propriétaire arrive quelques minutes après lui, tout sourire.

- Alors ça t’a plu ?
- Je te l’ai déjà dit, j’aime ton style.
- Je prends ça comme un compliment. Une pomme ?

Le grisonnant refuse le fruit, et s’esclaffe alors que Camille croque dedans à pleines dents. Il est affamé par le tournage et baille tout ce qu’il peut.

- Habille-toi je te raccompagne je suis en voiture. Annonce Yann.
- Oh non t’inquiète je vais appeler un taxi…
- J’insiste !

Camille ne résiste pas plus, il se change sans faire attention au regard de son collègue dans la même pièce et ils filent tous les deux jusqu’au sous-sol, non sans un dernier bâillement.

La voiture de Yann est une coupée sombre, silencieuse, confortable, Camille est presque prêt à s’y endormir. Mais ses sens le tiennent en alerte jusqu’à son appartement. A côté de lui son ainé fait une part de la conversation tout seul, lui parlant de son ressenti sur l’émission et le tournage. Camille lui répond par quelques sons laconiques, mais une étrange sensation lui brouille l’esprit. Plus ils se rapprochent de chez lui, plus une force lui donne envie d’aller plus loin dans la nuit. La voiture ralentie une vingtaine de minute plus tard dans sa rue, Yann cherchant du regard le bon numéro.

- C’est là apparemment ! Tu vas réussir à monter ?

Embrumé Camille lève les yeux sur la façade, au troisième étage la lumière du salon brille, signe que Bertrand n’est pas couché. Son idée de faire monter Yann pour un dernier verre s’évanouit au même instant.

- Merci de m’avoir ramené, et merci d’être venu. Il faudrait qu’on se refasse des moments comme ça.
- Bien sûr, avec plaisir.

Après une simple poignée de main en guise d’aurevoir, Camille sort de la voiture à contre cœur et enjambe le trottoir jusqu’à la porte. Pas à pas il se force à ne pas se retourner, mais il ne peut retenir son sourire quand il entend la voiture redémarrer qu’une fois l’entrée refermée.

Doucement, trop doucement il monte les marches. Ce soir il n’a pas cet empressement à retrouver Bertrand allongé sur le canapé, il préférait même le trouver déjà endormi, sans n’avoir rien à dire. Alors il glisse la clé dans le plus grand des silences, espérant le surprendre en somnolence devant un film dont il ne connait pas le nom, l’embrasser et filer se coucher.

Mais à l’inverse quand il pénètre dans leur appartement la télévision est éteinte, la veste de Bertrand en bouchon sur la table de la salle et le bruit de la douche en arrière fond. Quelque chose ne va pas, Camille n’a pas besoin de plus pour le comprendre.

- Bertrand ?

Au croisement de leur rue Yann lui aussi a du mal à rentrer chez lui. Il n’habite pourtant pas loin, un arrondissement plus loin. Mais il était trop bien en compagnie de Camille, cela lui changeait de son environnement habituel. Au pas il pousse la voiture jusqu’au porche de son immeuble mais il n’a pas le temps d’avancer le nez pour s’y garer qu’un homme surgit sur le côté, profitant de l’ouverture.

- Martin ?!

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Les bras croisés sur la poitrine, Camille attend avec impatience que Bertrand sorte enfin de la salle de bain. Ce dernier ignore encore que son compagnon fulmine sur le canapé et son air confus à la sortie de la pièce en ai le plus parfait témoin.

- Bah qu’est ce que tu fous là ?
- Je te pose la même question. Répond sèchement Camille.
- Je sors de la douche…

Mais la réponse ne satisfait pas l’animateur. D’un bond il se lève pour plonger son regard dans celui de son compagnon. Bertrand ne peut pas cacher la gêne qui se fait de sentir son corps si proche du sien mais il inspire doucement pour calmer le rouge de ses joues.

- Je suis sortie avec des potes, j’ai le droit non ?
- Tu aurais pu me le dire.
- Tu avais commencé à tourner quand ça s’est décidé, tu n’aurais pas pu le voir avant de terminer et j’étais déjà quasi revenu.
- C’était bien ? Insiste Camille à peine convaincu.
- Rien de bien fou, tu me connais.

L’innocence de Camille se force à vouloir croire l’histoire du niçois. Sa raison, elle, tente de lui crier qu’il lui ment, mais le baiser que le jeune homme pose sur ses lèvres fait voler en éclat ses dernières hésitations. La culpabilité du menteur lui tord le ventre mais il préfère amener Camille jusqu’à la chambre pour faire passer la confusion de l’instant.

- Et du coup ton tournage s’est bien passé ?
- Trop bien, j’ai même eu la visite de Ya…
- De qui ? Relève Bertrand en se glissant sous la couette.
- Yannick…l’ancien régisseur de TPMP tu vois ?
- Ah oui, sympa…

Mais le cadet n’est pas dupe. Il laisse cependant les choses comme elles sont, sachant qu’à tout moment la situation peut déraper à son encontre. Le cœur battant il embrasse de nouveau Camille et consulte son téléphone avant de fermer les yeux. Ionie du sort un message de Martin l’attend.

« Yann est aller voir Camille ce soir. Fais gaffe ! »